Chambres de province

 






Du Côté de chez Swann
 
Pléiade page 4, Folio page 50

 

« J’appuyais tendrement mes joues
contre les belles joues de l’oreiller
qui, pleines et fraîches,
sont comme les joues de notre enfance.
 Je frottais une allumette
pour regarder ma montre.
Bientôt minuit. 
 »


 

 

 


 

Du Côté de chez Swann Pléiade page 4, Folio page 50
 

«  Je me rendormais, et parfois
je n’avais plus
que de courts réveils d’un instant,
le temps d’entendre
les craquements des boiseries,
d’ouvrir les yeux pour fixer
le kaléidoscope de l’obscurité,
de goûter
grâce à une lueur momentanée de conscience
le sommeil où étaient plongés
les meubles, la chambre […]
 »

 

 

 



Du Côté de chez Swann Pléiade page 184, Folio page 277

«  À peine le jour […] traçait-il dans l’obscurité, 
et comme à la craie, 
sa première raie blanche et rectificative 
que la fenêtre avec ses rideaux, 
quittait le cadre de la porte 
 
[…] 
 tandis que  le bureau 
[…]  se sauvait à toute vitesse, 
 […] et la demeure que j’avais rebâtie
dans les ténèbres était […] mise en fuite
par ce pâle signe qu’avait tracé 
au-dessus des rideaux
le doigt levé du jour.  »

 

 

 

 
 
 
 
Du côté de chez Swann, Folio classique pages 106,107.
 

« C'étaient de ces chambres
de province
qui [...] nous enchantent
des mille odeurs qu'y dégagent 
les vertus, la sagesse, les habitudes,
toute une vie secrète, invisible, surabondante et morale
que l'atmosphère y tient en suspens ; 

odeurs naturelles encore, certes,
et couleur du temps
comme celles de la campagne voisine,
mais déjà casanières,
humaines et renfermées,
gelée exquise industrieuse et limpide
de tous les fruits de l'année
qui ont quitté le verger
pour l'armoire [.
..]
 »

« L'air y était saturé de la fine fleur
d'un silence si nourricier,
si succulent que je ne m'y avançais
qu'avec une sorte de gourmandise,
surtout par ces premiers matins
encore froids de la semaine de Pâques
où  je le goûtais mieux
parce que je venais seulement
d'arriver à Combray [...]
 »