Saveurs gourmandes

 
 
 
 
La madeleine
 
Du côté de chez Swann Folio classique pages 100 à 104.
 
 

« Elle envoya chercher
un de ces gâteaux courts et dodus
appelés Petites Madeleines
qui semblent avoir été moulés
dans la valve rainurée
d'une coquille de Saint-Jacques.
 »

 

« Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau
toucha mon palais, je tressaillis,
attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi.
Un plaisir délicieux m'avait envahi. » 


 

« D'où avait pu me venir cette puissante joie ?
[...] Et tout d'un coup
le souvenir m'est apparu.
Ce goût  c'était celui du petit morceau
de madeleine que le dimanche matin
à Combray [...] ma tante Léonie m'offrait
après l'avoir trempé dans son infusion
de thé ou de tilleul.
 »

« [...] Et dès que j'eus reconnu le goût de la madeleine [...] 
aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, 
vint comme un décor de théâtre s'appliquer au petit pavillon [...] 

et avec la maison, la ville [...]
toutes les fleurs de notre jardin
et celles du parc de M. Swann,
et les nymphéas de la Vivonne,
et les bonnes gens du village
et leurs petits logis et l'église
et tout Combray et ses environs,
tout cela qui prend forme et solidité,
est sorti, ville et jardins,
de ma tasse de thé.
 »

 

 

 
 
 
La tarte aux pommes
 
 
Jean Santeuil pages 204-205 et 235-236.

 

 

« [...] " Il  faut vite aller chez Mongelard chercher une tarte ".
Un nom qui contient de la voix de ma mère [...] de ma jeunesse [...]
celui dont je sens encore la tiédeur de ses midis
 dans le chemin d'aubépines [... ]
et toujours l'odeur de la tarte que je tenais dans un petit sac
pour manger quand nous serions arrivés à Montjouvain. »

 

« [...] on apportait la grande tarte aux pommes, 
jaune comme la porte du magasin
de nouveautés de la place, 
mais que voilait un jus rougeâtre
comme les aubépines roses
qui croissaient autour du portail de l'église [...]  Tarte essentiellement dominicale [...]  
mangée avec délices 
pendant ces midi de dimanche [...] »

 

 

 

Les aubépines

Du Côté de chez Swann Folio page 186.

 

« […] je sentis tout d’un coup,
en me relevant, s’échapper des aubépines
une odeur amère et douce d’amandes,
et je remarquais alors sur les fleurs
de petites places plus blondes,
sous lesquelles je me figurai
que devait être cachée cette odeur
comme sous les parties gratinées
le goût d’une frangipane
ou leurs taches de rousseur
celui des joues de Mlle Vinteuil. »

 

 




Promenade et gourmandise

Du côté de chez Swann 
Pléiade page 131, Folio page 210

 

« […] quand nous arrivions rue du Saint-Esprit, 
il y avait encore un reflet du couchant 
sur les vitres de la maison
et un bandeau de pourpre 
au fond des bois du Calvaire,

[…]  rougeur qui, accompagnée souvent
d’un froid assez vif, 

s’associait, dans mon esprit,
à la rougeur du feu
au-dessus duquel rôtissait le poulet
qui ferait succéder pour moi
au plaisir poétique 
donné par la promenade,
le plaisir de la gourmandise,
de la chaleur et du repos.
 »

 

 





Le poulet à la broche
 

Du Côté de chez Swann  Pléiade page 120, Folio page 196
 

«  Et cependant, Françoise tournait à la broche
un de ses poulets, comme elle seule savait en rôtir,
qui avaient porté loin dans Combray l’odeur de ses mérites,
et qui, pendant qu’elle nous les servait à table,

faisait prédominer la douceur
dans ma conception spéciale de son caractère, l’arôme de cette chair
qu’elle savait rendre si onctueuse
et si tendre
n’étant pour moi que le propre parfum
d’une de ses vertus.
 »


 

 

 

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